Le CESE soutient Schengen et dénonce le coût de son démantèlement éventuel pour l’intégration européenne

17 Feb 2016
Réf.: 10/2016

Le CESE a adopté aujourd’hui une résolution en faveur de l’accord de Schengen, intitulée «Circulons librement, soutenons Schengen». Les représentants de la société civile européenne sont préoccupés par les pressions exercées sur l’accord de Schengen et son utilisation comme bouc émissaire idéal pour expliquer toutes les lacunes dans la gestion des frontières européennes.

Les représentants de la société civile du CESE ont aujourd’hui lancé un vigoureux appel aux gouvernements d’Europe pour qu'ils ne cèdent pas aux pressions populistes et à la peur mais au contraire qu'ils défendent les droits pour lesquels les Européens ont lutté ces 30 dernières années.

Dans sa résolution, le Comité «reconnaît que des événements récents ont révélé les sérieuses lacunes de la gestion des frontières européennes et de notre aptitude à suivre avec efficacité les mouvements de malfaiteurs. Il faut répondre à ces préoccupations, mais ce n’est pas Schengen le problème, et il n’y a pas lieu d’en faire un bouc émissaire. Les institutions de l’Union européenne doivent éviter à tout prix un démantèlement progressif des règles de Schengen, et partant, du marché intérieur, qui, au final, se ferait à notre détriment à tous.»

En effet, ce sont les travailleurs, les entreprises et, dans l’ensemble, la société civile au sens large qui paieront le prix fort: les 7 millions de citoyens de l'UE vivant dans un autre État membre que le leur vont perdre l'un des avantages les plus pratiques de la liberté de circulation; aux heures de pointe, les camions vont se retrouver coincés aux frontières pendant des heures; les communautés frontalières réunies vont être à nouveau séparées; et, selon les prévisions, le PIB va chuter de 110 milliards d'euros sur 10 ans. L'intégration européenne fera deux grands pas en arrière si la solidarité que représente Schengen reçoit un coup aussi dur.

«Étant donné que la solidarité est renforcée par l’élimination des obstacles, elle sera forcément affaiblie si ces derniers sont remis en place. Si le libre franchissement des frontières et la libre circulation sont l'expression d’une “union sans cesse plus étroite” entre les peuples, alors les entraves rendent manifeste la désunion entre les peuples», a déclaré Georges Dassis, président du CESE, en évoquant le préambule du premier accord de Schengen (1985).

Le CESE souligne également la nécessité de consolider l’agence Frontex, afin de gérer efficacement les frontières extérieures de l’UE, ce qui, en définitive, profitera aux réfugiés qui ont vraiment besoin d’aide. «La sécurisation des frontières ne doit pas impliquer le rejet de ceux qui ont besoin de protection» indique la résolution.

Déclarations des groupes du CESE représentant la société civile

Jacek Krawczyk, président du groupe des employeurs du CESE: «Pour des millions de citoyens européens, Schengen signifie bien plus que de pouvoir se déplacer facilement. Et pour des millions d’entreprises européennes, cet accord offre bien plus que des facilités extraordinaires pour faire du commerce. La création de l’espace Schengen est l’un des résultats les plus importants et les plus ambitieux du grand projet européen. Il s’agit d’un symbole et d’un progrès qui ne doivent pas être galvaudés.  Les employeurs européens soutiennent Schengen et invitent instamment les décideurs politiques à ne pas faire machine arrière. L’Europe telle que nous la connaissons ne peut survivre sans Schengen!»

Gabriele Bischoff, présidente du groupe des travailleurs du CESE: «Le droit pour chaque citoyen européen de chercher un emploi, de travailler et de s’établir dans un autre État membre est inscrit dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE. Pour les citoyens, Schengen est quelque chose de concret. Il est la clé qui leur ouvre la possibilité d'exercer ces droits dans les faits et de profiter des avantages de l’«Europe» dans leur vie quotidienne. Affaiblir Schengen ou le démanteler sapera encore davantage la confiance et le soutien de nombreux travailleurs et, en fin de compte, fragilisera l’Europe.»

Luca Jahier, président du groupe des activités diverses du CESE: «Le prix symbolique, politique et économique d’un retour aux frontières intérieures en Europe est trop élevé: il pourrait rapidement désintégrer l’Union européenne. Ce dont nous avons besoin, c’est de plus d’Europe– dans le contrôle des frontières extérieures, dans la sécurité intérieure, dans la crise des réfugiés – et certainement pas de la destruction de notre liberté de circulation. La réintroduction de contrôles aux frontières représenterait l’échec de la solidarité, de la cohésion, de la négociation, du compromis et de la compréhension en Europe. Donc, s’il vous plaît, ne touchez pas à mon Schengen!»

Au cours du débat lors de la session plénière du CESE, Eva Paunova, députée au Parlement européen et vice-présidente du Mouvement européen, Markus Beyrer, directeur général de BUSINESSEUROPE, Luca Visentini, secrétaire général de la CES, Conny Reuter, coprésident du groupe de liaison du CESE avec les organisations européennes de la société civile et Allan Päll, secrétaire général du Forum européen de la jeunesse, ont reconnu que la liberté de circulation restait l’une des réussites les plus tangibles de l’Union européenne.

Les orateurs ont évoqué les convergences que Schengen et les droits qui en découlent pour les citoyens et les entreprises ont permis dans de nombreuses régions d'Europe, ainsi que dans l’UE dans son ensemble. La question de la gestion des frontières est au cœur de la question, de même évidement que celle des réfugiés. De nombreux participants ont souscrit aux propos de M. Allan Päll selon lequel «la fermeture des frontières mène à la fermeture des esprits», et ont exprimé leur inquiétude face à la «peur» qui guide actuellement certains dirigeants politiques dans l’Union européenne. Le populisme et le nationalisme ont été vigoureusement dénoncés et, dans la perspective du Conseil européen, il a été fait appel au courage politique pour défendre les valeurs européennes.

Déterminé à défendre sans relâche les bienfaits de la liberté de circulation  en Europe, le CESE a lancé aujourd'hui dans le cadre de sa session plénière une campagne dont le slogan est: «Circulons librement. Soutenons Schengen». Il appelle les organisations de la société civile dans les États membres à se joindre à cette initiative et à sensibiliser les citoyens aux avantages de la libre circulation. Le CESE participe activement à une série de discussions avec les institutions de l’UE, ainsi qu’avec les autorités des États membres pour défendre cette liberté.

Contexte

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